Selon Eurostat, avec un taux d'emploi de 37,8% pour les 55-64 ans en 2005, la France se situe très en-dessous de la moyenne européenne (42,5%) et loin de la cible de 50% en 2010 fixée au niveau communautaire.
L'OCDE chiffre pour sa part le taux d'emploi des seniors en France à 40,6%, avec un mode de calcul différent.
Confronté à une dégradation des comptes sociaux, en partie liée au recours par les entreprises aux dispositifs de départ anticipé pour se débarrasser de leurs "quinquas", le gouvernement français a fait du maintien des seniors dans le marché du travail une de ses priorités, même s'il s'est pour l'instant contenté d'augmenter la taxation des préretraites.
Des experts de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont présenté, jeudi, lors d'un colloque organisé par le Conseil d'orientation des retraites (COR), les potions administrées par le Royaume-Uni et les pays scandinaves pour garantir une forte "employabilité", parfois au-delà de 60 ans.
Avec des taux d'emploi pour les seniors de 69,5% en Suède, 59,8% au Danemark, 56,8% au Royaume-Uni ou 52,7% en Finlande, ces pays semblent être parvenus à passer d'une "culture de la retraite précoce à celle du viellissement actif, contrairement aux pays continentaux, en particulier l'Allemagne et la France", a expliqué Gérard Cornilleau, économiste à l'OFCE.Ces pays ont notamment su miser sur la formation continue. En France, comme chez ses voisins les plus proches, le taux d'accès à la formation continue tout au long de la carrière reste ainsi limité à environ 30%, quand il avoisine les 70% au Danemark.
Ces pays n'ont par ailleurs pas hésité à cantonner des quinquas dans des emplois à temps partiel. "Au Royaume-Uni, le taux d'emploi à temps partiel des seniors s'élève à 31,7%, soit près de 10 points de plus que pour le reste de la population", relève M. Cornilleau.
Qu'elle suive la voie scandinave ou celle, plus libérale, du Royaume-Uni, la France serait sans doute amenée à jouer sur le montant des pensions, afin de rendre plus attractif le maintien dans une activité, ce que rejettent les syndicats et passerait mal auprès d'une opinion inquiète pour son pouvoir d'achat.
"Les pensions au Danemark ont toujours été très peu élevées, ce qui amène les Danois à différer au maximum leur départ en retraite pour maintenir leur niveau de vie", note Henri Sternyniak, lui aussi économiste à l'OFCE."Les plus de soixante ans au Royaume-Uni sont parfois obligés de cumuler une petite retraite et un petit boulot, qui peut s'avérer pénible physiquement", ajoute-t-il.
Les entreprises, régulièrement montrées du doigt pour un recours aux préretraites jugé abusif et l'utilisation des quinquas comme variable d'ajustement, commencent elles aussi à bénéficier de leur "expérience et leur savoir-faire" dans un marché concurrentiel. Line Vreven, une des directrices de l'ONG américaine AARP, qui vise à "maintenir l'indépendance des plus de 50 ans" et compte 39 millions de membres, a ainsi détaillé certains "changements de mentalité" en cours dans des sociétés américaines.
"La première chaîne de pharmacie américaine, CVS, propose depuis quelques temps à ses salariés les plus âgés de travailler dans deux Etats différents dans l'année, pour leur permettre de passer l'hiver dans le Sud s'ils le désirent", a-t-elle expliqué.
Lors de son intervention dans le cadre des14èmes rencontres parlementaires sur le thème de la longévité ce 26 novembre 2007, la Secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité Valérie Létard, annonçait que la France allait devoir sur ce terrain là faire preuve d'imagination. "Tout un travail reste à faire afin de faire évoluer à la fois les mentalités des salariés et le comportement des entreprises. Ces dernières doivent désormais engager des démarches concertées sur la formation en direction des seniors et les évolutions à proposer pour les secondes parties de carrière. Les salariés doivent réaliser que le temps social ne peut se calculer comme on le faisait il y a quarante ans. En 1995, déjà un homme moyen des pays membres de l'OCDE sur les 76 années de sa durée d'existence, n'en consacrait plus que 38 à être dans l'emploi. Un nouvel équilibre reste à définir."
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